Thomas Sankara, l’homme intègre



lundi 15 octobre 2007
Thomas Sankara, l’homme intègre



Le Président Thomas Sankara

Rarement président africain aura autant incarné la dignité et la volonté d’exister d’un continent meurtri. Assassiné le 15 octobre 1987, le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, est devenu un symbole et une référence politique majeure pour toute l’Afrique. Les points cardinaux de son action, durant ses quatre ans au pouvoir, étaient : lutte contre la corruption, développement autocentré, condamnation du néocolonialisme, éducation et santé pour tous, émancipation des femmes. Dans tous ces domaines, il a adopté des mesures concrètes comme la réduction du train de vie de l’Etat (à commencer par le sien propre), interdiction de certaines importations de produits alimentaires et réforme agraire, campagnes de scolarisation et de vaccinations (pour lesquelles il a reçu les félicitations de l’Organisation mondiale de la santé), dénonciation des ingérences françaises, interdiction de la polygamie et lutte contre l’excision, etc.

Les commémorations du vingtième anniversaire du coup d’Etat au cours duquel Sankara a trouvé la mort s’accompagnent de conférences, de débats et de concerts au Burkina Faso mais aussi en Europe et dans le reste du monde. Ces manifestations se déroulent malgré les menaces de mort lancées contre certains de leurs animateurs.

En mai 2006, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a fait droit à une demande de la Campagne internationale justice pour Sankara (CIJS), effectuée au nom de la veuve de Thomas Sankara, Mariam. Il a demandé au gouvernement actuel du Burkina Faso, issu du putsch de 1987, de diligenter une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de Sankara et de rectifier son certificat de décès (il porte toujours la mention « mort naturelle »). La procédure se poursuit et une pétition de soutien à la CIJS est lancée. La décision du Comité représente une première dans la lutte contre l’impunité concernant les auteurs de coups d’Etat.





Discours de Thomas Sankara
à l’ONU le 4 octobre 1984




Discours de Thomas Sankara
à l’ONU le 4 octobre 1984
vendredi 12 mai 2006, par Christian Scherer



Figure incomparable de la politique africaine et mondiale [1949-1987],
radicalement insoumis à tous les paternalismes et docilisations pourtant plus sûrs placements en longévité politique post-coloniale, Thomas Sankara a légué aux générations futures la verve et l’énergie de l’espoir, l’emblème de la probité et la conscience historique de l’inaliénabilité de la lutte contre toutes oppressions. Prononcé lors de la 39ème Session de l’Assemblée Générale des Nation-Unies, le 4 octobre 1984, ce discours historique à n’en point douter, mérite de constituer l’humus fertilisant des nouvelles consciences en mouvement, avides de justice, de liberté, d’enrichissements mutuels.

22 ans déjà, les choses ont évolué dans le mauvais sens. Sankara assassiné. Les dictateurs africains sont bien accrochés à leur rôles d’affameurs de peuples soutenus par les lobbies occidentaux consommateurs des ressources naturelles et vendeurs d’armes. Le message des pays occidentaux vers ces dictateurs est clair :"Vendez-nous votre pétrole, nous vous vendrons nos armes pour entretenir l’instabilité de vos pays qui vous permettent de vous maintenir au pouvoir".

Le discours de thomas Sankara (source :
http://www.afrikara.com/index.php ?page=contenu&am...)


« Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire, ou qu’ils sont de cultures différentes et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.
Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage, à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort.

Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.
Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vitre. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes - poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs - hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business.

Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.

Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne.

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes.

C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim...

Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Quelle leçon d’humanisme.








Détermination : Me battre à mort pour Thomas Sankara




Détermination : Me battre à mort pour Thomas Sankara

Message de la euve à l'occasion du 21ème anniversaire de l'assassinat du
Président Thomas Sankara.
**-**Quotidien Mutations**-**

Par Myriam Sankara* Mes Chers amis,

Mes Chers Camarades,
A l'occasion de la commémoration du 21ème anniversaire de l'assassinat le 15 octobre 1987du Président Thomas Sankara et de 12 de ses compagnons, je suis heureuse de constater que vous êtes toujours là aussi nombreux que d'habitude, pour ce rendez annuel de la mémoire et du recueillement.
Il est important pour mes enfants et moi-même ainsi que pour toute la famille Sankara et tous ceux qui sont attachés à l'idée même de justice et de dignité humaine, de sentir que malgré toutes ces longues années passées, des hommes, des femmes, des jeunes, au Burkina Faso et un peu partout dans le monde continuent à se
mobiliser pour que l'œuvre et les idéaux de justice, d'intégrité et de dignité défendus par le Président Thomas Sankara ne soient jamais oubliés, malgré tous les efforts déployés par le régime pour effacer ses traces.

Il est important pour le triomphe de ces idéaux, que des hommes et des femmes continuent à redoubler de détermination au Burkina Faso et partout dans le monde pour que les auteurs de cet ignoble assassinat soient punis, malgré les entraves judiciaires et politiques dressées délibérément depuis des années par le pouvoir
burkinabé contre notre combat. Aussi, je réitère avec force et fermeté que malgré le déni de justice dont mes enfants et moi-même sommes victimes, malgré le refus des juridictions burkinabé d'instruire cette affaire conformément aux recommandations pertinentes de l'Onu concernant la saisine du Tribunal Militaire sur ordre du Ministre de la Défense
que nous n'avons cessé de réclamer, malgré les diversions, les mensonges, les obstacles dressés sur notre chemin par le pouvoir burkinabé, nous ne baisserons jamais les bras et continuerons à lutter.

Tant que la lumière ne sera pas faite sur l'assassinat du Président Thomas Sankara, nous continuerons à nous battre par tous les moyens de droit pour que justice soit faite. Nous continuerons à le faire parce que la mémoire de mon époux l'exige. Nous continuerons à le faire parce que les Burkinabé et les Africains veulent connaître la
vérité. Nous continuerons à mener ce combat parce que nous ne nous satisferons jamais de cette culture d'impunité et de violence politique qui sévit au Burkina Faso et dans de nombreux pays africains malgré des démocraties de pure façade.
Notre détermination est d'autant plus grande aujourd'hui que les récentes révélations devant le Tribunal spécial pour le Liberia, des anciens compagnons de Charles Taylor comme John Tarnue, ancien commandant des forces du Liberia ou celles de l'ancien chef de guerre Prince Johnson devant la Commission Vérité et Réconciliation
au Liberia, relayées par la presse nationale et internationale, ont mis clairement et directement en cause Monsieur Blaise Compaore lui-même dans le renversement et l'assassinat du Président Thomas Sankara et de 12 de ses compagnons le 15 octobre 1987.

Nous ferons tout ce qui est possible auprès des instances les plusi ndiquées sur le plan national et international pour lesquelles les mots Justice, Etat de droit, Dignité humaine ne sont pas de mots vains et creux pour que notre cause soit entendue; nous continuerons à interpeller les autorités Burkinabé devant ces instances pour que
les auteurs de cet horrible massacre soient jugés comme le sont à juste droit dans le monde les auteurs des crimes graves, comme l'est d'ailleurs aujourd'hui Monsieur Charles Taylor avec lequel - selon les deux criminels cités plus haut - Monsieur Blaise Compaore a signé le pacte de sang qui a conduit à l'assassinat de mon époux et
de 12 de ses compagnons.
Je sais que vous continuerez à soutenir ce combat qu'aucune indemnité financière ne pourra compenser tant que les assassins du Président Thomas Sankara seront vivants et continueront à bénéficier d'une totale impunité et à parader ici et là dans le monde. Je sais que vous continuerez à soutenir ce combat étroitement lié à celui de
l'avènement d'une vraie démocratie et d'un vrai développement au Burkina Faso et dans bon nombre de pays africains largement viciés par cette impunité.

Qu'il me soit permis à cet effet de remercier tous les avocats du Comité International Justice pour Thomas SANKARA, pour le précieux appui qu'ils m'apportent gracieusement depuis des années dans ce combat ainsi que tous ceux qui, au Burkina Faso, en Afrique et dans le monde, continuent, depuis 21 ans à œuvrer pour que triomphent les idéaux du Président Thomas Sankara, tous ceux qui se dressent contre l'injustice, l'oppression, la misère, au moment où la déroute actuelle du libéralisme un peu partout démontre à quel point, les idéaux que défendait Thomas Sankara restent d'actualité, et que se pose aujourd'hui plus que jamais, la nécessité d'un ordre
international plus juste.

Merci à tous les Sankaristes de continuer courageusement cette lutte sur le plan politique et social depuis des années. Je ne peux que les encourager à travailler pour la mise en place d'un projet de société qui prendra assise sur les idées de celui qui a incarné et continuera à incarner l'espoir de tous ceux qui, au Burkina Faso, en
Afrique et dans le monde, s'élèvent quotidiennement contre les injustices sociales et se battent pour leur dignité, leur autodétermination, ceux qui refusent l'état de survie, la corruption, le népotisme, la destruction de la nature,
l'exploitation de l'homme par l'homme.

Merci encore au peuple burkinabé et à sa jeunesse pour sa formidable mobilisation autour du 20ème anniversaire l'année dernière. Merci de m'avoir reçu si chaleureusement lors de ces inoubliables moments à jamais inscrits dans la page de notre histoire et qui nous donnent aujourd'hui la force de continuer ensemble à nous battre avec plus de détermination qu'avant, pour faire en sorte que chaque centimètre carré de nos vies devienne, comme le voulait le Président Thomas Sankara, "un centimètre carré de liberté et de dignité " pour que,

Vive le Burkina Faso !

Vive l'Afrique!

Je vous remercie pour votre indéfectible soutien.

Montpellier le 15 octobre 2008

*Veuve du capitaine Thomas Sankara




15 octobre 2008

© OCVIDH


Ajouté le 03/11/2009 par Le Monde Diplomatique - 0 réaction(s)

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