
Transport des voyageurs : Tout le monde s’en fout !

Notre pays, la Mauritanie, est caractérisé par un désordre indescriptible et inacceptable, dans le secteur du transport des voyageurs, en provenance ou au départ de Nouakchott. Et ce qui est très choquant, c’est que personne ne s’en émeut. Pire, tout le monde s’en fout, l’Etat en premier, qui ne joue pas son rôle, fondamental, de protéger les citoyens en exigeant un minimum de confort pour les voyageurs. La Mauritanie est le seul pays où l’on voyage, dans des conditions, disons-le, inhumaines, puisqu’il n’est pas rare que les passagers côtoient des chèvres et autres «moutons», respirent le «parfum» des bonbonnes de gaz et personne ne le dénonce.
Chez nous, n’importe quel type de véhicule peut se livrer au transport de voyageurs, en ville ou entre les différentes localités du pays, pourvu qu’il puisse contenir, comme des sardines, le plus grand nombre possible de passagers qui, eux aussi, ne refusent rien. Sinon, comment accepteraient-ils de s’entasser à 25, voire plus, avec bagages, chèvres, sacs ce ciment et de riz, bonbonnes de gaz et tutti quanti, à l’arrière d’un Pick-Up, dans une R21 ou autre? Les Mauritaniens ont poussé la cupidité et l’avarice jusqu’à installer, sur toutes sortes de véhicule, des porte-bagages, sans tenir compte des capacités maximales de charge et de volume de celui-ci. Même les nouveaux bus assurant le transport vers l’intérieur du pays portent, sur leur toit, des quantités astronomiques de bagages et marchandises, plus ou moins tenus par des filets, et passent, au nez et à la barbe des forces de sécurité, plus préoccupés à «sécuriser» leurs poches et celles de leurs patrons que la vie des passagers. Sur la route de l’Espoir, vous en rencontrez des files et des files, portant d’énormes bagages, empiétant parfois sur l’autre partie de la chaussée, roulant à des vitesses qui défient celles des 24 Heures du Mans ou autre course automobile. Les véhicules se garent n’importent où et n’importe comment, s’exposant et exposant autrui à des risques de télescopage ou de carambolages.
Ces files de petites voitures côtoient des remorques et autres gros camions, accusés, souvent, d’occasionner des accidents, alors que, parfois, ceux-là ne bloquent le passage aux petits véhicules que pour éviter des accidents, lors de tentatives de dépassement sans visibilité aucune. La plupart des jeunes conducteurs se croient de véritables as du volant. Comme l’a dit André Remacle, dans «Le Temps de vivre»: «la voiture est la mythologie de ce temps, la route, l’Olympe où s’affrontent, en liberté, les divinités d’acier et de tôle, grâce auxquelles on devient dieu soi-même, dès qu’on a un volant entre les mains».
Course vers la mort
Certains chauffeurs trop pressés par le temps et, donc, par l’argent, se livrent à une course vers la mort, occasionnant des accidents tragiques, comme celui qui a emporté, jeudi dernier, deux employés de Pizzorno, partis en dépannage, à quelques kilomètres de la capitale. Ces cas font légion et lésions, dans le secteur du transport. Un secteur à ce point décrié que certains véhicules sont, tout simplement, appelés, en Pulaar, des «Samba Lakara», c’est-à-dire «chemin le plus sûr vers la tombe». Pour se rendre à l’évidence et constater le désordre, il faut emprunter la route de l’Espoir, devenue le théâtre d’une véritable hécatombe. Pas un jour ne passe sans qu’un accident ne s’y produise. Ceux qui empruntent régulièrement cette route ont certainement observé les risquent qu’endurent, chaque jour que Dieu fait, les citoyens qui sortent ou rentrent à Nouakchott. Sur la route de l’Espoir, le spectacle est plus qu’inquiétant, on y voit du n’importe quoi, on y rencontre des voyageurs en destination de «lakara», on en devient même un, potentiellement, sitôt qu’on y circule en voiture.
En ville, le désordre est plus qu’indescriptible, en dépit des efforts consentis dans la construction des routes et l’installation de feux de signalisation. Circuler à l’intérieur de la capitale, à certaines heures de pointe, est, littéralement, infernal. Certains chauffeurs – pour ne pas dire chauffards, comme c’est le cas de tant de propriétaires de véhicules qui n’ont, semble-t-il, acquis leur permis de conduire que par complaisance monnayée – sans formation, sans expérience ni même conscience citoyenne, se moquent de tout le monde et occasionnent des embouteillages révoltants et inacceptables. Les gros camions qui ne doivent, dans les pays civilisés, circuler, en ville, qu’à partir de certaines heures tardives, peuvent bloquer la circulation, pendant de longues minutes – parfois, des heures, même! Et que dire des charretiers qui complètent le désordre du côté de nos marchés ? Tous ceux qui passent à proximité de la mosquée marocaine, entre 8H30 et 9H30, ont vécu le véritable calvaire imposé par ces nuées de micro-convoyeurs qui ne se déplacent, comme certaines espèces de poissons, qu’en bande. Une façon, pour eux, de contrer les véhicules qui refusent de leur laisser le passage. Les conducteurs de ces animaux sont connus pour leur arrogance, leur agressivité et leur promptitude à manier leur gourdin. Le désordre est si grotesque qu’un citoyen, réputé pour sa plus ou moins douce folie, sinon déficit mental, s’est érigé en agent de police, pour mettre de l’ordre dans la circulation, au niveau du carrefour Yéro Sarr, à El Mina. On dit que les conducteurs qui passent lui octroient quelques jetons, pour l’encourager. C’est dire combien notre système est dégradé.
En prenant le pouvoir, le général Ould Abdel Aziz, chef de l’Etat, puis président élu, depuis le 18 juillet 2009, avait exprimé sa volonté de procéder à l’assainissement du secteur des transports terrestres. Un immense espoir était né chez les citoyens qui espéraient pouvoir, désormais, se déplacer dans des conditions humaines. Des rumeurs laissaient croire que le nombre de passagers autorisés allait être réduit. Au lieu de s’entasser à 7 dans une Mercedes 190, entre Néma et Nouakchott, soit 1.200 kilomètres, il n’y aurait plus que 5 personnes à bord, au maximum, chauffeur compris. On affirmait aussi que désormais, le transport urbain allait être «normalisé» et réservé, exclusivement, aux seuls chauffeurs mauritaniens, dûment enregistrés et diplômés.
Côté propriétaires de véhicules de transports, de ceux qui en faisaient leur «chasse gardée», leur vache à lait, c’était, évidemment, l’inquiétude. Parce qu’en secouant le cocotier, on allait toucher à leurs immenses fruits. Hors de question ! Et les voilà, donc, affairés à bloquer la réforme du secteur. Si, côté réglementation – vignette, carte grise, assurance, permis de conduire – on a noté des avancées significatives, la normalisation du secteur des taxis traîne les roues. La CUN qui devait, en collaboration avec le Ministère des Transports, assainir celui-là, n’est pas arrivée, à la date échue, soit le 1er juillet, à faire appliquer la décision parce que, tout simplement, les pouvoirs publics n’en veulent plus. Dans sa prochaine édition, le Calame vous expliquera, plus en détail, pourquoi l’assainissement du secteur des transports est bloqué.
Dalay Lam
Ajouté le 28/07/2010 par Dalay Lam © Le Calame Mercredi 28 juillet 2010 - 0 réaction(s)


