Imbroglio autour d’un Français accusé de terrorisme


Imbroglio autour d’un Français accusé de terrorisme

Frédéric Salvi, recherché après une tentative d’attentat islamiste en Indonésie, clame son innocence, depuis la Mauritanie.

Source Facebook

« Je m’appelle Ali, Salvi Frédéric… et je suis, selon les médias : activement recherché pour participation à la préparation d’attentat terroriste (sic) en Indonésie ; et ceci pour le compte d’al-Qaida, bien sûr… »

Depuis deux semaines, ce Français de 31 ans est au centre d’un imbroglio policier international. Depuis que la police indonésienne l’a présenté comme un activiste impliqué dans des projets d’attentat à la voiture piégée, sur lequel elle aimerait mettre la main. Une « énorme blague », selon l’intéressé, « car les autorités savent très bien où je suis ».

Salvi vit aujourd’hui à Nouakchott, en Mauritanie. Dans deux lettres envoyées à notre journal et dont les textes sont reproduits sur différents sites Internet, il accuse les médias et la police indonésienne de « broder une histoire », un « scénario médiatique », « style roman policier », basé sur des accusations qui « ne sont que calomnies ». Il le dit haut et fort : il est « totalement innocent ». Salvi, dit « Ali » depuis qu’il s’est converti à l’islam, insiste : il n’est en aucun cas en cavale, et il n’est pas non plus un terroriste, sans pour autant s’étendre sur ses activités présentes, dans un pays réputé dangereux.

Voiture piégée

Retour début août, la police indonésienne démantèle des camps d’entraînement terroristes présentés comme proches d’al-Qaida, et découvre à Bandung, dans l’ouest de l’île de Java, une Mitsubishi Galant qui aurait été destinée à un attentat contre un hôtel ou une ambassade. Cette voiture a appartenu à Salvi. « Elle était à moi lorsque je vivais en Indonésie, je l’ai revendue à un frère que je connaissais », admet-il. Ce « frère » l’aurait utilisé pour son école coranique. « Est-ce qu’un individu est tenu responsable de tout ce qui peut être fait avec sa voiture, même après l’avoir vendue ? »

Salvi dispose aussi d’un alibi. Après avoir voyagé avec sa famille entre l’Indonésie et la Malaisie pendant « presque trois ans », le Français raconte qu’il a rallié le Maroc au mois d’avril, où il rapporte avoir été « contrôlé » pendant trois jours. « Ils m’ont laissé sortir en me disant qu’ils avaient contacté les autorités françaises à mon sujet, qu’il n’y avait rien contre moi et qu’ils s’excusaient pour le dérangement. » Ali-Frédéric explique encore avoir dû remplir des formalités administratives en entrant en Mauritanie. « Les autorités mauritaniennes et françaises savent très bien que je suis en Mauritanie. »

C’était avant le coup de filet de Bandung. Mercredi, l’ambassade de France en Mauritanie a confirmé que Salvi avait « bien pris contact physiquement » avec les autorités consulaires, pour dire qu’il « n’avait rien à voir avec les accusations dont il fait l’objet. »

Mais le profil de ce Franc-Comtois originaire de Pontarlier (Doubs), au passé de petit délinquant, reste mystérieux. Marié à une Marocaine, père de trois filles, il s’est converti à l’islam en détention, alors qu’il purgeait une peine pour trafic de stupéfiants. A sa sortie, il aurait fréquenté une salle de prière de Pontarlier, avant de disparaître en 2008. La police indonésienne affirme qu’il est aujourd’hui proche du mouvement salafiste.

Jeudi, la police indonésienne, citée dans le Jakarta Globe, a précisé : « Nous le recherchons toujours et nous ignorons où il se trouve. » Avant qu’un porte-parole ne se ravise quelques heures plus tard. « Je viens de recevoir des informations qu’il est bien là (en Mauritanie, NLDR). Il dit qu’il est innocent. C’est son droit. Mais nous le voulons toujours et nous nous sommes concertés avec Interpol. » A Lyon, Interpol, n’a ni confirmé ni infirmé l’existence d’une « notice rouge » visant le Français, à la demande de l’Indonésie.

Aucune enquête en France

Selon nos informations, Salvi intéresse aussi de près l’antiterrorisme français, bien qu’il n’était, jusqu’à maintenant, pas « répertorié » comme un activiste dangereux. D’après une autre source policière, aucune enquête judiciaire ne le vise sur le territoire national. L’implication d' « Ali » dans un attentat contre l’ambassade d’Indonésie à Paris en 2004, avancée par les Indonésiens, serait une hypothèse hasardeuse : « il faut se garder de rapprochements hâtifs », prévient une source policière française. « Mais l’Indonésie et la Mauritanie sont en ce moment des pays hautement sensibles en matière de terrorisme islamiste », glisse un second policier. La Mauritanie apparaît comme une base importante de l’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique). L’année dernière, un attentat suicide avait visé l’ambassade de France à Nouakchott.

Malgré tout, Ali-Frédéric Salvi se sait en sursis. « Voilà mon histoire… Je voulais en parler publiquement avant qu’on m’en empêche », écrit-il avant de conclure : « Je profite encore de quelques instants de tranquillité avec ma famille, mes 3 filles… Avant que n’arrive ce qui arrivera ; et tout ce qui arrivera n’est que selon le décret d’Allah. Et Allah me suffit, et Il est le Meilleur Protecteur. »

 



Ajouté le 03/09/2010 par Brendan Kemmet 03/09/10 à 08h11 - 0 réaction(s)

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