

L’ouvrage «Crapauds et Nénuphars, souvenirs d’un enfant de Dimbé», édité grâce au concours d’une bonne volonté, connaît un véritable succès libraire. Après quelques semaines de vente, le stock déposé, par l’auteur, au sein de quelques librairies de la capitale, a été complètement épuisé.
Bal Mohamed procède, donc, à un second tirage, afin de satisfaire la forte demande. La réaction, positive, du public mauritanien qui a adhéré à ce projet littéraire de grande dimension, a largement contribué au succès du livre.
Souhaitant que «Crapauds et Nénuphars» soit inscrit au patrimoine littéraire national mauritanien et multipliant les requêtes en ce sens, Bal Mohamed avait décliné l’offre de la direction du Livre du ministre sénégalais de la Culture qui voulait allouer une subvention à l’édition et, par conséquent, s’«approprier» l’ouvrage. Malheureusement, le ministère mauritanien de la Culture n’a pas donné une suite favorable à la demande de l’auteur qui avait mis, pourtant, en veilleuse, le projet de la direction sénégalaise. Bal Mohamed El Moctar, ancien diplomate mauritanien, rappelons-le, a, tout de même, signé son premier ouvrage, une œuvre autobiographique. Il compte élargir la palette de vente du livre dont la seconde édition achalandera toutes les librairies de la capitale, afin de mieux en ventiler la distribution. Des messages de félicitations, venant d’un peu partout – USA, Europe, Afrique et Moyen-Orient – ont été adressés à l’auteur. La diaspora a, notamment, salué l’œuvre réalisée qui retrace une rétrospective des cinquante dernières années à Kaédi et le long du fleuve Sénégal. «C’est une contribution à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de la Mauritanie dont la population a vécu en harmonie, dans une parfaite symbiose».
Grâce à cette œuvre autobiographique, l’auteur a pu restaurer, par un profond travail de mémoire, le passé glorieux de l’ancien grenier du pays, aujourd’hui abandonné et en ruines. Bal Mohamed El Moctar a entrepris ce labeur, presque fortuitement, pour faire découvrir, aux générations montantes, ce que les anciens et lui avaient vécu, dans la ville de Kaédi, en toutes ses dimensions, économique, culturelle et sociale. Tout en perpétuant la mémoire de son petit frère, Lamine Bal, parti à la fleur de l’âge et qui n’avait que quelques saisons de pluie, Bal Mohamed El Moctar a tenté, avec ce travail monumental de rétrospection, de narrer, avec succès, l’histoire glorieuse du Fouta, de reconstruire les monuments du passé, de replanter et de ressusciter les paysages, les activités culturelles, l’ambiance de la vie courante de sa localité, Dimbé, et de bien d’autres villes mauritaniennes, à l’époque coloniale, comme Boghé, avec «son petit verger remarquable», Bababé, Bagodine, ses peintures rupestres, ses gazelles et girafes, Boutilimitt et Rosso, avec le collège Xavier Coppolani. L’ancien diplomate magnifie, dans ce livre, les liens qu’il a tissés avec Sidi Mohamed Bass, Didi Ould Soueïdi, Hamdi Ould Mouknass. Fidèle en amitié – quarante années – Bal garde, de ce dernier, le «souvenir d’un homme exceptionnellement généreux, juste, courtois et affable». Seule la mort l’a séparé de son autre ami, Sidi Mohamed Abass, à qui il a dédié, d’ailleurs, son livre. «Une marque de reconnaissance à un ami cher».
Devoir de mémoire
Il s’agissait de combler un vide, dans le désert culturel. L’auteur a essayé, à travers l’écriture, de replanter les arbres, faire pousser les nénuphars et gonfler les cours d’eau, pour voir, dans les eaux profondes du fleuve, nager encore les lamantins. L’ancien diplomate a tenté, aussi, de «reconstituer le beau paysage que j’avais connu, avec tant d’autres enfants de ma génération, quand la nature, généreuse, nous offrait l’eau en abondance». Bal Mohamed El Moctar a pu relever le défi en «essayant de redonner, à la ville de Kaédi, l’image qu’elle avait, il y a plus d’un demi-siècle. […] Kaédi se meurt-elle? Voilà la question que se posent les hommes et les femmes de ma génération. Non, Kaédi ne se meurt pas, mais Kaédi dépérit». Les vestiges d’un passé encore récent disparaissent, la vieille bâtisse de l’école primaire se brise et offre, aux passants, les débris d’un tableau noir qui a formé des générations de cadres supérieurs, de médecins, de professeurs agrégés, de docteurs physiciens nucléaires et tant d’autres encore. Kaédi ne se meurt pas mais voit disparaitre les restes des messages que l’homme avait passés à la postérité. «Le fer de l’homme a abattu les arbres, la main de l’homme a détruit les tuiles, témoins d’une période mouvementée de l’histoire de la colonisation, et la nature, austère, a fait le reste».
Les berges du fleuve sont silencieuses et ne sont plus dérangées par les mouvements des navires remontant le cours d’eau, les chalands, leurs voiles usées et les haleurs infatigables ne font plus partie de ce paysage. Il est difficile, reconnaît Bal, de croire à l’existence, il y a quelques décennies, à peine, de lamantins ou d’hippopotames, de caïmans ou d’autruches, de lions, de girafes ou d’éléphants, dans cette région aujourd’hui envahie par le désert, en ces terres où poussaient, jadis, les nénuphars. Et pourtant…
Au fil des pages de l’ouvrage, véritable chef d’œuvre littéraire, on ne peut que rester admiratif des talents déployés par l’auteur qui décrit, avec minutie et dans un style des plus élaborés, les paysages et les quartiers de Kaédi: Tantadji, Gattaga, Touldé, Wandama. L’auteur a essayé, à travers ces lignes, de ressusciter les témoins de tant de souvenirs. Il y a réussi, bien au-delà de ses espérances et pour notre plus grand plaisir.
Les éditions «Impulse» comptent rééditer, également, l’ouvrage et engager une vaste opération de promotion, accompagnée par un débat à la télévision et des séances de dédicace, de manière à encourager la lecture et l’écriture en Mauritanie. Une production cinématographique du livre est à l’étude. Tout comme la demande de certains experts en éducation d’intégrer diverses séquences du livre dans des ouvrages scolaires. Notons que «Crapauds et Nénuphars» est également candidat au prix Chinguitt. Un deuxième livre, déjà à un stade avancé d’écriture, est en préparation. Bravo et bonne continuation, Excellence.
Thiam Mamadou
Ajouté le 12/11/2010 par Thiam Mamadou - 0 réaction(s)


