Rencontre avec ... DIOP Moustapha

DIOP Moustapha, Directeur de cabinet du Président HAIDALLA
« Rencontre avec… » (la rubrique désormais fameuse de votre site www.ocvidh.org/) reçoit M. DIOP Moustapha, Directeur du cabinet du candidat à l’élection présidentielle du 07 novembre 2003, l’ancien Président Mohamed Khouna OULD HAIDALLA .
Dans un entretien exclusif, M. DIOP Moustapha parle comme il ne l’avait jamais fait aux média.
Le verbe accrocheur, la foi dans le discours, l’homme passe au crible les dessous du fonctionnement de l’ancien CMSN et tenez-vous bien, des noms et des visages apparaissent au grand jour.
Sur la conduite de la coalition qui soutenait son candidat (CAP), il nous livre un portrait des plus saisissants.
Rendez-vous plutôt sur le site ocvidh.org, rubrique « Rencontre avec… » et lisez.
Lieutenant de Vaisseau Diop Moustapha
Occupa successivement les fonctions de :
-Directeur de la Marine Nationale
-Ministre de l’Information et Permanent adjoint du Cmsn
-Ministre de l’Industrie et du Commerce
-Directeur du Bureau de Sécurité
-En résidence surveillée de 1984 à 1988
-Directeur de cabinet du Président HAIDALLA durant la campagne électorale
OCVIDH : DIOP Moustapha bonjour.
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et évoquer la nature des relations qui
vous unissent au Président HAIDALLA ?
J’occupe les fonctions de directeur du cabinet du candidat Mohamed Khouna Ould HAIDALLA pour la présidentielle du 07 novembre 2003.
J’ai eu l’occasion, en d’autres circonstances, de répondre à cette question mais je vais y revenir puisque vous me le demandez. Les relations qui m’unissent au président HAIDALLA avaient été, avant tout, des relations personnelles, familiales et elles datent de l’époque où il était officier subalterne, pendant la guerre. Je servais à Nouadhibou, fraîchement sorti de formation du cours de l’Ecole Navale de Brest en France. J’avais déjà noué des relations intimes avec sa famille avant de le connaître lui-même. Bien sûr, à l’époque, comme tous les mauritaniens, j’entendais parler de lui du fait de ses prouesses militaires et il était aimé au sein des troupes, à la limite de l’idolâtrie. Mais pour moi, il était le fils de Sidi Mohamed et de Mamoya et le beau-frère de Ely, c’était tout. Quand il arriva un jour de 1976 à Nouadhibou, il vint à la base Marine pour des affaires administratives militaires, si j’ai bonne mémoire pour faire envoyer un message, mais aussi, un peu, pour rencontrer celui que sa famille avait adopté. Et depuis, nous avons gardé ces relations.
Mais j’aimerais préciser que ces relations personnelles n’ont en rien déterminé mes positions politiques. Il arrivait parfois, pendant que j’étais membre de son gouvernement, que nous divergions sur certaines approches et que nous ayons même des positions antagonistes mais, je confesse, l’avenir lui a donné raison sur bien de ces questions-là.
Aujourd’hui encore, je garde ma liberté de penser et d’agir. Dans le contexte que nous vivons, comme la grand e majorité des mauritaniens, je pense que ses qualités humaines, son patriotisme, sa probité font de lui l’homme sur lequel nous pouvons fixer nos espoirs de changement. Son charisme et son autorité ont permis, jusqu’à présent, de faire entendre raison pour que le changement souhaité s’effectue dans la paix civile loin de toute violence. Hélas, c’est cet homme qui n’a cessé de prêcher la paix et la tolérance autour de lui que le pouvoir cherche à humilier par des accusations de faits de violence. La suite vous est connue.
OCVIDH : DIOP Moustapha, en tant que Directeur du cabinet de M. HAIDALLA, vous avez été au coeur de l'entreprise qui devait donner naissance à la CAP; pouvez-vous nous décrire le fonctionnement de cette coalition, de sa constitution à la gestion des contradictions internes qui devaient être nombreuses?
L’effervescence que connaît la Mauritanie depuis la candidature de HAIDALLA n’a jamais été vécue dans ce pays e t cette situation a faussé beaucoup d’analyses et de commentaires, et je le comprends. Imaginez, cet ardent désir de changement, longtemps étouffé par la peur, l’intimidation, la corruption, le découragement aussi, qui voit subitement s’ouvrir les voies d’une chance d’y accéder ! Alors, tout se mua en un vaste mouvement autour de l’homme et on vit disparaître les divergences idéologiques, les ressentiments, des uns vis-à-vis des autres, longtemps entretenus par le pouvoir. Tous acceptèrent de se ranger derrière cette bannière du changement qui n’était plus illusion. Le pouvoir ne fut pas en reste et comprit que son socle vacillait et qu’il fallait bétonner !
Le candidat HAIDALLA, en acceptant de porter le fardeau de nos espoirs avait quand même demandé, et obtenu, que la ligne politique qu’il définirait serait la ligne du consensus national pour permettre d’ouvrir une nouvelle ère démocratique où les réformes constitutionnelle, institutionnelle et réglementaire seraient concerté es. Pour ce faire, il ne demandait à n’être sollicité que pour un seul mandat présidentiel qui n’excèderait pas cinq ans.
Lorsque la convergence s’est faite vers HAIDALLA, il demanda que fut créée une coalition pour une alternance pacifique. Cette coalition regroupe des partis politiques traditionnels, des mouvements et groupes associatifs, des personnalités de la société civile, des militants de tous les partis politiques en rupture de ban provisoire avec leur parti.
La mise en place du directoire de campagne et plus tard du cabinet du candidat a permis de gérer au mieux la coalition. Bien sûr, cela ne fut guère facile, vous l’imaginez, mais chacun y a mis du sien et bien des rancoeurs ont été tues pour l’intérêt général d’autant plus que tous avaient compris que la transition que HAIDALLA préconisait, s’il était élu, aurait été aussi une période de remise à niveau des partis où le militantisme prenait son sens réel au-delà des opportunismes et du nomadisme connus.
A chaque fois qu’il y a eu dissensions au sein de la coalition, elles ont été vite dépassées car personne ne voulait prendre la responsabilité de mettre en péril ce formidable mouvement. Parfois, ce fut l’autorité du candidat qui remettait les choses en ordre. Croyez-moi, cette coalition a vu se reconstituer notre unité nationale partie en lambeaux, permis à des hommes et des femmes qui, depuis des décennies, ne se parlaient plus de se réconcilier pour la cause tout en prenant conscience que le système au pouvoir avait abusé même de nos consciences.
Nous avons surtout noté la grande hémorragie des partis de la soi-disant majorité présidentielle. Ce fut ce qui sonna l’hallali au sein du pouvoir qui comprit que le PRDS, en fait, ne reposait sur rien d’autre qu’un énorme bluff. Le 08 et 09 juin en avaient déjà donné la preuve mais, comme à l’accoutumée, le pouvoir a fait semblant de n’avoir rien vu ni rien entendu de ce silence assourdissant. Cette fois-ci, plus que les canon s des chars du 08 juin, le régime prit conscience que la candidature de HAIDALLA avait toutes les chances de provoquer une alternance démocratique au sommet de l’Etat. Et la curée fut décrétée et en cours d’exécution.
OCVIDH : Dans une interview que vous avez accordée le 28 août dernier au journal La Tribune, vous décriviez le président HAIDALLA comme un homme foncièrement démocrate dont les projets pour la Mauritanie ont été freinés par sa mise en minorité par une partie des membres de l'ancien CMSN; pouvez-vous nous en dire plus sur la charte constitutionnelle du CMSN, ses promoteurs et ses adversaires?
Puisque vous faites référence à cette interview dans La Tribune, je voudrais réitérer mon souhait de voir les minutes des débats du CMSN mises à la disposition du public et des chercheurs pour exploitation et pour séparer le grain de l’ivraie. Ce sont des mémoires appartenant à un peuple et il serait souhaitable, pour lever des doutes et des ambiguïtés, que ce peuple sache. Nous avons pêché, le président HAIDALLA lui-même, par défaut de communication et avons ainsi favorisé une opacité qui s’est retournée contre nous. Nous devons l’accepter. HAIDALLA avait souhaité ne rien dire pour, disait-il, « ne pas gêner les tenants du pouvoir et cela pourrait être compris comme une fuite de mes responsabilités et une vilaine revanche. J’assume tout pour tout le monde ». Et tout le monde en fut content, en usa et en abusa. Il faut rétablir la vérité et que chacun assume aussi sa part de responsabilité.
La Charte du CMSN était juste un acte par lequel les membres du comité s’accordaient pour articuler le fonctionnement de l’instance militaire, il y avait aussi le règlement intérieur qui constituait, en fait, un code d’honneur dans son esprit. Tous y adhéraient, en principe, et le consensus étant la règle, plusieurs membres du CMSN ignoraient jusqu’à sa teneur. La seule fois où l’on s’inspira, de manière formelle, des tex tes du CMSN fut ce fameux soir où HAIDALLA souhaitait laisser se poursuivre le processus démocratique sous l’exercice du gouvernement de transition de BNEIJARA malgré la tentative de putsch du 16 mars 1981. Et comme un groupe d’officiers s’y opposait, entre autres DAHANE, BOUKHREISS, SIDINA, LEKHAL, TAYA et moi-même, il fut décidé, au bout de plusieurs heures de débats infructueux, de passer au vote pour trancher. Ce qui constituait, il était vrai, une entorse à la sacro-sainte règle non écrite du consensus, mais il fallait sortir de l’impasse. Les textes le prévoyaient tout simplement.
Je me souviens, ANNE Amadou Babaly nous avait pris en aparté, DAHANE et moi, pour nous dire ceci : « Vous prenez un risque grave de mettre le président en minorité et si cela devait arriver attendez vous à ce qu’il démissionne et ce n’est vraiment pas le moment. Réfléchissez bien.»
J’avoue que la pertinence de ce constat m’avait fait froid dans le dos car c’était la première fois que j’allais, sur un sujet important, m’opposer à HAIDALLA. Mais j’y étais déterminé. Ses regards réprobateurs et agacés en disaient long sur ce qu’il pensait de nous en ces instants. Nous ne reculâmes pas et le vote le mit en minorité mais comme on avait pris le soin de lui confier les pleins pouvoirs, il resta. Plus tard, je compris qu’il n’avait accepté de rester que pour donner une chance à la démocratie de s’imposer face à notre sagacité qu’il pensait tenace et qu’il lui fallait, à terme, réduire.
Voyez vous, on pouvait parfaitement bien faire appliquer la règle démocratique au sein d’une instance, qui, pour le moins qu’on puisse dire, n’était pas d’essence démocratique. Mais ça, c’est Haïdalla qui le voulait ainsi car il avait cette stature pour l’accepter même si le sort lui en était défavorable.
OCVIDH : Vous qui connaissez le colonel TAYA de longue date, aviez-vous espoir de le voir partir du pouvoir par la voie des urnes ?
Ould TAYA est aujourd’hui, apparemment, otage de son système qui est, à son tour, son otage. Ce système de gouvernement l’a amené à une série d’alliances et d’allégeances qui ont conduit à une impasse puisque les tenants d’une parcelle de pouvoir se sachant sur un siège éjectable et prenant conscience qu’ils ne sont qu’instrumentalisés s’adonnent à la rapine, la concussion et la corruption des leurs. Une fois ce qu’on attendait d’eux accompli, ils rejoignent la cohorte des momentanément désoeuvrés tout en déployant tous les artifices du parfait laudateur pour revenir dans les grâces du Prince.. Ils constitueront les indispensables relais pour la pérennité du pouvoir pour lequel chaque disgrâce vécue servira de stimulant pour l’exercice d’incessants témoignages de loyauté et de fidélité. Une façon comme une autre de garder la place chaude. Ainsi, le cercle tourne selon la loi physique immuable du mouvement perpétuel.
Je pense que dans un régime démocratique, l’alternance au pouvoir ne peut se faire que par l’_expression démocratique du vote citoyen. Or, à quoi avons-nous assisté au cours de l’élection du 07 novembre 2003 ? Le refus systématique de délivrer des cartes d’identité à des populations pour leur délit de faciès ou leur appartenance tribale ou régionale, le refus pour cette même catégorie d’individus d’accéder aux inscriptions et réinscriptions sur les listes électorales par le massacre de leur nom ou prénom ou date de naissance et par leur dispersion dans des bureaux de vote qui leur sont inconnus. Je passe sur les intimidations.
Aujourd’hui, en Mauritanie, ne pas être militant du PRDS est une faute lourde ; une faute qui vous prive de l’emploi, qui vous prive des services de l’administration si vous n’êtes pas parrainé par un membre du parti-Etat avec votre acte d’allégeance sous le bras. Ainsi, se consolident les maillons de la chaîne d’asservissement dont la solidité réside dans la menace perpétuelle de déchéance des privilèges. C’est ce temple profane que les mauritaniens ont voulu purifier par les vertus du droit, de la justice et de l’égalité des chances.
Le souci de préserver la paix civile, de militer pour la légalité et la non violence et de s’inscrire résolument dans un cadre démocratique ont valu au candidat HAIDALLA et ses compagnons l’humiliation des perquisitions et des arrestations sans mandat, des condamnations sans preuves et ce, au défi des règles les plus élémentaires de droit.
Il est acquis, pour le pouvoir de Nouakchott que toute velléité de remettre en cause son ordre impérial établi constitue forcément un outrage punissable. L’instauration d’un tel terrorisme ferme les voix pacifiques à une alternance démocratiques et conduit au désespoir.
Il appartient aux amis et partenaires de la Mauritanie, pourtant eux aussi désabusés par le triste spectacle des élections truquées, des arrestations arbitraires, des condamnations d’une justice asservie, d’agir au plus tôt sur le pouvoir retranché de TAYA pour éviter qu’il ne sombre le pays dans les affres de la violence. Désormais, c’est le seul espoir d’un peuple meurtri.
OCVIDH ; En allant aux élections le 7 novembre dernier, sans aucune garantie de transparence et face à la volonté affichée des autorités mauritaniennes de conduire le processus électoral de façon unilatérale, l'issue du scrutin n’était-elle pas certaine?
Notre souci d’utiliser le plus petit espace démocratique pour faire exprimer la volonté populaire nous a conduit à participer, malgré le refus du pouvoir à consacrer un processus électoral concerté, au scrutin présidentiel. Nous avons fait appel à toutes les bonnes volontés soucieuses de l’instauration d’une véritable démocratie en Mauritanie pour qu’elles amènent le pouvoir à assurer une garantie de transparence. HAIDALLA y avait invité la délégation des ambassadeurs de l’union européenne (Allemagne, Espagne, France et la Représentante de l’UE en Mauritanie) présidée par l’ambassadeur d’Espagne venue lui rendre visite à son domicile avant l’ouverture de la campagne. C’est dans cet esprit aussi que la société civile mauritanienne s’était constituée en un Observatoire de l’élection présidentielle, la conséquence fut fâcheuse puisqu’au lendemain de leur constitution, les membres de l’Observatoire furent convoqués par le procureur qui leur ordonna de se dissoudre immédiatement puisqu’il n’y avait rien à observer.
La communauté internationale ayant émis le souhait d’envoyer des observateurs, le pouvoir répondit « que la Mauritanie était mure pour l’organisation d’un scrutin démocratique puisque les listes électorales seront disponibles sur Internet.» Incroyable !!
Nu ne pourrait nous reprocher de n’avoir pas donné une chance à l’_expression démocratique. Le monde a été témoin de ce qu’il en est advenu.
Le pouvoir, en décidant de proclamer les résultats ahurissants que l’on sait, ne consacrait pas tant sa victoire, mais voulait que ceux-ci puissent participer à l’humiliation de l’opposition mauritanienne.
Ces résultats, naturellement furent rejetés par les candidats de l’opposition et par le Forum pour le Salut de la Démocratie et la Libération de Mohamed Khouna Ould HAIDALLA et ses compagnons de détention.
OCVIDH : La proclamation de la victoire aux élections du colonel TAYA en dépit de la volonté populaire, a ouvert
la voie à une parodie de procès intenté contre son principal challenger ainsi que ses amis. Quelle appréciation faites-vous du déroulement de l'élection ?
Le pouvoir de Ould TAYA a instauré une règle qui consiste à punir tout second, selon son évaluation bien sûr, à une élection présidentielle.
Le scrutin du 07 novembre 2003 devait être pour le pouvoir une promenade de santé. Hélas, il y eut un os et cet os fut le magnifique sursaut populaire déterminé à briser les chaînes de la servitude. Par défaut d e lubrification, l’appareil totalitaire s’emballa et cala ; d’où les incohérences ayant conduit aux intimidations, aux arrestations et au grotesque procès fait à HAIDALLA et à ses compagnons. Des mesures unanimement désapprouvées et condamnées par la communauté nationale et internationale. Ce dont nous ne pouvons nous réjouir car c’est la Mauritanie qui est livrée à un triste spectacle au monde.
Au cours de cette campagne et le jour du scrutin, les populations et les observateurs nationaux indépendants ont vécu l’incroyable, l’indicible.
Des représentants des candidats de l’opposition molestés et expulsés des bureaux de vote ; ceux qui ont été épargnés se sont vus retirer jusqu’à leurs stylos, bloc notes et téléphones portables. Tout cela en présence des préfets, gendarmes encadrés pour la circonstance par les dignitaires locaux du PRDS.
Bien des préfets ont avoué, sous le couvert de l’anonymat, avoir été victimes d’un véritable terrorisme des structures du PRDS.
Les rapports des directoires de campagne des candidats et ceux des observateurs nationaux indépendants portant relevés des irrégularités pendant le scrutin sont édifiants.
Pour vous donner une idée jusqu’où est allée la frénésie de la fraude et de la falsification je ne vous citerai qu’un cas, celui, au Hodh El CHARGHI , à R’Dhedhie et Boulehrath, où les représentants du candidat Ahmed Ould Daddah ont observé le président de la Cour Suprême, M. Mohamed Kabr, « faire expulser les représentants des autres candidats et qui veille à ce que l’urne ne contienne aucun bulletin autre que celui de Maaouya Ould TAYA ». Ce haut magistrat ne saurait être en reste dans cette compétition interne au sein du PRDS où l’on rivalise de zèle pour rapporter au Prince les meilleurs taux, chacun dans sa circonscription. Et dire que c’est cet homme qui dirige l’institution de recours du verdict qui frappe HAIDALLA et ses compagnons ! Les bailleurs de fonds et autres investisseurs privés apprécieront les hautes vertus de la démocratie et de la justice en Mauritanie sous le régime de TAYA.
OCVIDH : Les observateurs avertis de la scène politique mauritanienne semblent surpris du manque de combativité de l'opposition, en raison surtout de sa gestion pusillanime post-électorale. Cette " léthargie ", dénote-t-elle du déficit de projection de l'opposition dans les différents scénarii possibles du scrutin ?
Face à la violence qu’exerce tous les jours le pouvoir sur ses populations, violence de toutes natures, morales et physiques, les mauritaniens se sont toujours abstenus de réagir aux provocations privilégiant la paix civile, la réconciliation après tant d’épreuves douloureuses vécues.
Un homme politique, principal soutien, avec son parti, de TAYA et conseiller écouté du pouvoir, déclarait, à la veille de la campagne électorale que les mauritaniens n’étaient pas encore murs pour une alternance au pouvoir . Pour une troisième échéance présidentielle !
Pourtant tous ensembles ils avaient loué la maturité des mauritaniens lorsque, dans le tumulte des canonnades des 08 et 09 juin, la nomenklatura et les laudateurs ont jetés aux orties leurs attributs de pouvoir et se sont fondus, avec une joie non contenue, dans la masse des gueux et des manants. Il est vrai que ce peuple de l’opposition avait alors choisi de débarrasser le Pouvoir de la souillure du caniveau dans lequel l’avait vautré la lâcheté et l’avait restitué à ses tenants du moment lorsque ceux-ci voulurent bien réapparaître, préférant les urnes comme sanction. Nul doute que pour ces jours là, ce peuple méritait qu’on lui accordât, pour sa loyauté à l’ordre républicain, le respect de son _expression démocratique. Il fut pourtant poignardé dans le dos.
Toutes les chances ont été offertes au régime pour une sortie de crise pacifique. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut situer la sérénité du peuple devant le hold-up électoral. Cette attitude constante qui privilégie la non violence a été comprise par le régime comme une faiblesse, une peur. Ainsi en est il des esprits réducteurs.
OCVIDH : En tant que Directeur du cabinet de HAIDALLA, votre nom avait été cité parmi les personnes soupçonnées et recherchées pour tentative de coup d’Etat ; vous avez pu gagner la France aujourd’hui : comptez-vous y rester longtemps et quelle orientation comptez-vous donner à votre combat ?
Depuis ma libération de résidence surveillée en 1988, j’ai opté, comme d’autres, pour rester dans mon pays et contribuer, d’une manière ou d’une autre, de façon positive, à un bien être national. Malgré les vicissitudes j’ai préféré demeurer avec l’espoir qu’un jour la raison prévaudrait.
Le temps s’est arrêté le 07 novembre 2003.
L’orientation du combat de tous les démocrates de ce pays et d’ailleurs, de tous les militants des droits de l’homme de ce pays et d’ailleurs sera le rétablissement du droit en Mauritanie, le respect de la citoyenneté et l’instauration d’une véritable démocratie qui réconcilie les mauritaniens et où la conquête, ou la conservation, du pouvoir se fera selon les voies démocratiques établies.
Le déni de droit démontré par le pouvoir lors de cette élection présidentielle a fait s’envoler nos dernières illusions sur la possibilité de ce pouvoir à se réformer. Le repli sécuritaire pour la perpétuation de la domination et la préservation des avantages accumulés font que le régime procède à un verrouillage politique pour empêcher toute possibilité d’alternance pacifique.
Certes, j’ai été cité, en même temps que le candidat HAIDALLA et certains membres de l’équipe de campagne, par le procureur, au cours d’une conférence de presse, comme étant en état d’arrestation pour complot contre la sûreté de l’Etat. Passée la stupeur que peut procurer une telle infamie, j’ai décidé de me soustraire à cette arrestation arbitraire qui présageait plutôt un vaste complot contre HAIDALLA et tous les démocrates en même temps que se préparait le hold-up électoral. Je refuse, pour ma part, le fait établi en Mauritanie qui veut qu’on emprisonne quand on veut, qui on veut, aux seules fins d’assouvir des desseins pervers.
Aujourd’hui, encore, une liste de près d’une vingtaine de personnes, établie sur la logique du règlement de comptes, est en vigueur et il est fait interdiction à ces citoyens de sortir du territoire. Sans aucune inculpation. Le monde doit en savoir plus sur l’ignominie qui nous accable. Le pouvoir a trop tiré sur la corde et l’a rompue. Ceux qui, même sans en être totalement convaincus, avaient fait campagne pour TAYA, proclamant qu’il réformerait son système, qu’il rétablirait le droit, l’équité, doivent en être pour leurs frais et se sentir bien floués. Et ce n’est que le début. hélas, des profondes désillusions. Le ton en est donné par le sort réservé à l’opposition et à la reconduction de son premier ministre ! Alors, leurs voix s’élèveront-elles pour encore justifier l’injustifiable ? De quels mots encore feront-ils usage pour expliquer l’inexplicable ?
OCVIDH : M. DIOP quel message souhaitez vous envoyer aux nombreux mauritaniens qui vous ont donné leurs voix et dont la détresse est immense et à tous ceux qui doutent de la nature réformable du régime mauritanien.
Certes, la détresse est immense. Tous, nous souffrons dans notre chair la douleur de l’injustice et l’amertume de nos espoirs étouffés. Nous étions de ceux qui avaient pensé que le pouvoir pouvait évoluer favorablement vers l’instauration du droit élémentaire à la vie au sein d’une communauté nationale, meurtrie, mais dont les ressorts auraient pu permettre toutes les espérances. Jamais l’idée de confrontation n’avait surgi dans nos esprits, bien au contraire, nous nous sommes dressés contre la violence, contre tout ce qui pouvait encore ajouter à nos peines. Nous avons voulu être, sans tambours ni trompettes, de modestes facilitateurs pour que le fil d’un possible dialogue entre le pouvoir et l’opposition ne soit jamais rompu, pour le bien de notre pays. En acceptant de vivre la douleur morale que vous inflige le mépris hautain qui, au bout du compte, n’a cessé de discréditer ses tenants. Et pourtant, nous avons tenu.
HAIDALLA, en acceptant d’accomplir le pèlerinage à La Mecque avec Ould TAYA, en cherchant à garder le contact avec lui, pensait pouvoir briser le mur de méfiance et d’incompréhension qu’avait dressé entre eux la cuadrilla de TAYA qui voyait d’un mauvais œil les démarches de HAIDALLA pour amener le pouvoir et l’opposition à un nécessaire dialogue pour apaiser la scène politique. Ceux qui l’approuvaient eurent peur de se dévoiler au grand jour. C’était sans compter sur la résistance farouche des gardiens du Temple.
Devrions nous accepter de nous laisser vaincre par la peur ou la soumission coupable ? Nous sommes bien meilleurs que ce que veulent dire de nous nos adversaires. L’opposition au régime, le rejet de ce système par l’écrasante majorité du peuple sont une réalité que le pouvoir doit apprendre à accepter, apprendre à regarder en face et apprendre à vivre avec.
Un nouvel espoir est né et il ne mourra pas.
Propos recueillis par
SY Mamadou Saidou
Kébé Almouda
et Dramé Abibou
[édité par OCVIDH le 2004-01-04 19:42:22]
Ajouté le 30/10/2009 par OCVIDH - 0 réaction(s)


