Rencontre avec ... > TOUMBOU DIARIYA, Veuve SALL

Rencontre avec ... > TOUMBOU DIARIYA, Veuve SALL




Il avait moins de 2 ans quand son père fut lâchement assassiné par les fayots du système raciste de Taya. A cette époque la plus sombre de la Mauritanie, Mamadou Sall était le cadet de la famille. Même s’il ne comprenait pas la situation, il percevait, dans ce regard maternel qui brillait toujours d’amour, cette angoisse insoutenable des moments d’interrogations et d’espoirs. Il sentait aussi l’absence de cet homme qu’il appelait déjà papa et qui, à peine entré dans la maison, le soulevait dans ses bras avec cette tendresse qui lui donnait cette sensation d’être bien entouré et bien protégé. La famille craignait le pire mais gardait toujours bon espoir de le voir débarquer à la maison comme lors de ses multiples missions aux loyaux services de l’armée mauritanienne. Allaient-ils seulement revoir cet être cher dont l’absence céda peu à peu place à la réalité cruelle ? Non ! Le lieutenant Sall Oumar a été privé à jamais des siens. Il a été emporté par la haine raciale du régime du colonel Ould Taya.
Vraiment, il est des souvenirs que la raison voudrait voir enfouis dans les abysses du subconscient. Seulement, l’amour pour notre prochain, notre patrie et la nécessité de préserver l’Homme en général des actes barbares interpellent notre conscience sur l’incontournable exigence de la Justice et renvoient inexorablement ces souvenirs à la surface.
Diarya Toumbou, veuve de feu Sall Oumar, s’est faite violence en acceptant d’aborder avec nous les douloureux événements de 1990 liés à l’assassinat de son mari, tué à Inal, le 29 novembre 1990, avec plusieurs centaines de militaires négro-mauritaniens. Avec votre rubrique « rencontre avec » de l’OCVIDH, elle donne également ses impressions sur l’actualité brûlante de la Mauritanie, toujours sous le joug du despote Taya, raciste indécrottable et tenancier d’un système où les criminels de la pire espèce sont amnistiés et généreusement récompensés.
Oui Diarya, clame et réclame justice pour tous les Mauritaniens victimes d’une dictature qui perdure ! Nous joignons notre voix à la sienne : justice pour tous.
La voix des veuves et orphelins a été entendue et désormais leur lutte rejoint celle de tout mauritanien aspirant à une Mauritanie juste, égalitaire et de concorde.


Madame, 15 ans après l’assassinat de feu lieutenant Sall, votre époux, quel espoir nourrissez-vous pour que justice soit rendue aux veuves et orphelins ?

Avant de répondre à votre première question, je voudrais vous remercier pour l’occasion offerte d’exprimer mes opinions et idées sur l’actualité du pays notamment sur le bilan des crimes perpètres contre notre Communauté Mauritanienne, la composante Négro-africaine. Relativement à la première question, je souhaiterais dire qu’il n’est pas facile de répondre à celle-ci, parce que c’est une question qui met l’accent sur le bilan des efforts accomplis de nos actions pour la lutte contre l’injustice .Il est clair que nous avons pas encore obtenu gain de cause.
Premièrement, je tiens à préciser que durant toutes ces 15 années je n’ai eu de cesse de m’interroger sur la gratuité d’une telle violence, sur cette haine aveugle à l’endroit des négro-africains qui ne demandaient qu’à vivre en paix. Juste après l’épuration ethnique qui coûté la vie à mon mari et à des centaines de militaires négro-africains, nous avions saisi les autorités mauritaniennes pour nous expliquer la disparition de nos maris et comme toute réponse nous avons été battues et humiliées. 15 ans après, si le pourvoir de Taya n’a pas eu assez de recul pour reconnaître qu’il y a eu un drame terrible, c’est qu’il considère que le génocide des noirs est tout à fait légitime voire une nécessité. Le silence de ces autorités parle de lui-même.

Deuxièmement ces autorités ont toujours usées de méthodes musclées pour mâter les veuves lors de leurs multiples manifestations pacifiques visant à obtenir des informations sur la disparition de leurs maris. Matraquages, arrestations arbitraires et gazages par grenades lacrymogènes étaient devenus notre quotidien. Ces répressions, démesurées par rapport à nos interrogations, nous veuves, signifiaient que quelque chose de très grave s’était passée dans le pays et qu’il fallait coûte que coûte l’étouffer dans l’œuf. Nous sommes devenues des ennemies. La légitimité de nos revendications est dès lors perçue comme une agression contre le système.
Après tout ce que nous avons subi, continuons à subir et les dénonciations faites auprès de la communauté internationale, je reste très déçue par le silence de cette dernière. En dépit des crimes abominables commis par le régime TAYA, le tyran despote, tortionnaire et criminel qui continue d’arrêter, de torturer les mauritaniens, la communauté internationale se garde d’intervenir pour mettre un terme à ce processus inhumain, triste et critiquable.
Aucune dénonciation n’est faite en ce sens par celle-ci et pourtant jusqu’à récemment un marin noir mauritanien fut abattu de sang froid par un policier du régime TAYA.
15 ans après la boucherie du régime, l’Etat maintient systématiquement ses mêmes pratiques discriminatoires, racistes et xénophobes.

Troisièmement, je voudrais faire appel aux autorités françaises pour enfin se départir de cette politique inertielle face aux violations des droits de l’Homme en Mauritanie, j’en appelle également aux media Français pour enfin s’intéresser a la diffusion des informations sur la Mauritanie, en particulier de réserver aux moins quelques lignes saluant et évoquant les actions de la Diaspora mauritanienne (l’opposition en exile) en France, en faveur de la lutte pour le respect des Droits Humains.
Enfin, Quinze ans après les drames successifs en Mauritanie, rythmées par d’incessantes violations des Droits de l’Homme, le « petit baron retranché dans sa forteresse est toujours là ; Et tant qu’il sera au pouvoir, il n’y aura point de jugement sur les actes criminels, racistes et tribalistes.
Mon espoir serait plus grand encore lorsque le tyran TAYA serait derrière les barreaux ou traduit devant la justice.
M’adressant aux tortionnaires, je dirais que vous n’êtes pas immortel et que votre pouvoir est temporel. Nous continuerons à sensibiliser l’opinion publique internationale et vous traduirons devant des juridictions pénales internationales. Nous vous combattront par toutes nos forces, jusqu’à la dernière heure de chaque militant actif de notre juste lutte, pour la justice en Mauritanie.

A chaque fois que l’occasion vous a été donnée de prendre la parole, vous aviez stigmatisé les querelles et coups bas entre opposants, en ne manquant point de déplorer la dispersion des énergies qui fait, à juste titre, le bonheur du dictateur Taya. Après tant d’années de guéguerre stérile, pensez-vous désormais que l’unité et le synchronisme des actions demeurent le leitmotiv des organisations de la Diaspora ?

Effectivement, il est certains que les querelles et coups bas entre opposants agissent comme étant des facteurs retardateurs dans notre lutte, cependant il faut savoir que la coopération et l’acceptation du dialogue entre partis d’opposition, mouvements associatifs ou société civile mauritanienne, doivent se faire dans l’unité et le respect de la diversité ; des conditions essentielles pour atteindre nos objectifs principaux. Pour cette fois-ci je pense que la diaspora a acquis sa maturité et TAYA n’obtiendra pas son bonheur, car nos subtilités sont aux services de notre bon engagement pour la démocratie.

Toutes nos forces de liberté coordonnées, dans notre pays et partout ailleurs, permettront de venir à bout du système raciste et sanguinaire au pays. Il nous faut ce mouvement de rassemblement en bonne intelligence que j’observe actuellement en formation en Europe.


S’il y a bien une chose que tout le monde vous accorde, c’est cette omniprésence dans toutes les manifestations et conférences organisées par l’opposition. Cette force de conviction résulte-t-elle de cette impérieuse demande de justice ?
La force de conviction dont vous faite allusions avec toute modestie est présente naturellement chez tout Mauritanien désireux d’avoir un pays où toutes les nationalités vivent en harmonie et en bonne intelligence. 
Les problèmes d’injustice se sont généralises dans le pays et ne date pas seulement des derniers événements douloureux et inhumains ayant frappés la communauté Negro Mauritanienne.
Enfin comme épouse, veuve opprimée et battue, gazée par la police « Tayayenne » je me sens obliger de participer à la lutte contre l’injustice, le racisme sous toutes ses formes ; c’est pourquoi je ne perds pas de vue que notre combat dont la cible principale est la force du mal, impose la participation active aux mouvements mauritaniens de l’extérieur. C’est ce qui alimente ma survie voire ma vie de militante. 
Votre présence sur le terrain, quel qu’en soit la portée et les résultats obtenus nourrit ma conviction. Et je vous en remercie. 

Que pensez-vous des Cavaliers du Changement ?

Relativement aux cavaliers du changement je voudrai dire que par principe je salue beaucoup leur courage et leur détermination. Malgré quelques interrogations sur leurs motivation pour la libération du peuple mauritanien, je souhaite que le peuple Mauritanien s’active dans le même sens pour démantèlement le système de Ould TAYA. 
De toute façon et honnêtement parlant le plus important dans notre lutte consiste à trouver une solution d’équilibre entre nos populations afin de rétablir les populations opprimées dans leurs droits et valeurs. Aucune prétention d’hégémonie sur l’une ou l’autre catégorie de la population Mauritanienne n’est à envisager et tout futur régime devra avoir pour mission de régler les vrais problèmes de notre Nation. 

Votre impression sur le verdict du procès des opposants au régime raciste et tribaliste de Taya ?
Malgré certaines vérités ou informations, diffusées au cours de ce procès, force est de constater qu’en Mauritanie il y a un semblant de justice pour la communauté beydane et une absence totale de justice pour la communauté noire.C’est donc un euphémisme indécent que de dire qu’il y a une justice à deux vitesse. Parlant du procès, je dirais tout simplement que le coupable au premier chef se trouve au sommet de l’Etat et tout mauritanien voulant renverser ce régime pour instaurer un nouvel ordre juste est dans son droit, un droit légitime.
En outre, en tant que veuve, ayant souffert de l’assassinat de mon mari, je refuse que les cavaliers du changement connaissent le sort tragique de nos maris, frères et amis, c'est-à-dire les exécutions extrajudiciaires.
En ce qui me concerne, je dois dire que nous attendons le procès des meurtriers de nos maris pour que lumière soit faite sur les exécutions extrajudiciaires ainsi que sur les déportations de nos populations. A mon sens, c’est le seul procès, sinon le principal qui porte la dimension de la souffrance de notre nation, d’où l’exigence d’une commission d’enquête nationale sur tous les crimes de Taya et son système.
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Par ailleurs, je ne puis comprendre et accepter que certaines populations du pays acceptent et continuent de composer avec le régime actuel qui applique des méthodes d’apartheid vis-à-vis d’autres mauritaniens. L’élite beydane doit sensibiliser sa communauté sur les dangers d’un système discriminatoire qui, par essence, a tendance à élargir son champs de discrimination. Le résultat en Mauritanie : de plus en plus populations sont mises en marge. Il est donc impératif, pour tout citoyen soucieux du devenir du pays de se démarquer du système.
Pour finir, même si je me réjouit de toute action dont la finalité consiste à détrôner Taya le sanguinaire et despote non éclairé, j’attire l’attention de la communauté internationale ainsi que celle du peuple mauritanien afin de reconnaître d’abord, puis de ne point oublier ceux qui n’ont jamais eu droit à un procès; nous interpellons également la communauté internationale pour quelle s’impliquer d’avantage sur les questions d injustices en Mauritanie. 


Quinze ans après, et toujours aucun signe de reconnaissance, ne serait-ce que du caractère foncièrement odieux des crimes qui emportèrent plus de cinq cents militaires, avec la bénédiction de ould Taya. Une situation dramatique qui met à l’épreuve tout bon sens. Comment les enfants affrontent-t-ils cette réalité dans leur quotidien ?
En tant que mère je voudrai dire que d’une part les enfants ont conscience du problème globale de la Mauritanie. Cependant, je me retrouve souvent dans une position inconfortable pour aborder avec eux des sujets aussi douloureux que ceux de l’assassinat de leur papa ; mais il doivent savoir et comprendre afin qu’il mettent leurs énergies au service du combat pour précisément éviter que d’autres enfants, d’autres mamans ne connaissent le même sort. Ils doivent mettre leur force au service de la justice et de la paix.

D’autres part, ils me disent que l’absence de leur père est un sujet traumatisant et difficile à gérer mais ils lutteront contre TAYA et son système sanguinaire pour les amener à répondre de leurs actes devant la justice mauritanienne et internationale.
Ils suivent également les activités de la diaspora Mauritanienne d’Europe par internet. 


Veuve SALL, TOUMBOU DIARIYA




Ajouté le 30/10/2009 par OCVIDH - 0 réaction(s)

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